Installer une borne de recharge chez soi ne se résume pas à brancher un boîtier au mur. Le raccordement doit suivre un schéma électrique précis, dimensionné pour la puissance de charge et conforme à la norme NF C 15-100. Sans ce travail en amont, le risque de surchauffe, de déclenchement intempestif du disjoncteur ou de défaut de protection des personnes est réel. Voici ce que votre tableau électrique doit contenir avant de mettre en service un point de charge.

Quels composants dans le tableau pour une borne 7,4 kW en monophasé ?

La configuration la plus répandue en maison individuelle est une wallbox monophasée de 7,4 kW, soit 32 ampères. Le tableau doit alors intégrer trois éléments spécifiques, en plus du disjoncteur général existant.

Schéma électrique pour borne de recharge : ce que doit prévoir votre tableau
Schéma électrique pour borne de recharge : ce que doit prévoir votre tableau

Un disjoncteur courbe D de 32 A protège le circuit contre les surintensités. La courbe D est obligatoire pour les charges inductives comme un moteur de compresseur de climatisation ou le transformateur d’une borne. Un disjoncteur courbe C classique risquerait de déclencher à tort lors des pics d’appel de courant.

Un interrupteur différentiel de type F, 30 mA, détecte les fuites de courant alternatif et continu résiduel. Les bornes de recharge produisent du courant continu lissé qui peut neutraliser un différentiel de type A standard. Le type F est le minimum exigé par la norme NF C 15-100 pour un circuit de recharge. En triphasé 22 kW, un différentiel de type B est nécessaire car il détecte aussi le courant continu pur.

Le câble de liaison entre le tableau et la borne doit être en cuivre, de section 3G6 mm² (phase, neutre, terre) pour une distance inférieure à 25 mètres. Au-delà, passez à 10 mm² pour limiter la chute de tension. Le circuit doit être dédié : aucun autre appareil (lave-linge, radiateur) ne doit être branché sur la même ligne.

Un circuit de recharge non dédié est la première cause de déclenchement intempestif du disjoncteur en milieu domestique.

Quel schéma pour une borne triphasée 11 ou 22 kW ?

Si votre logement dispose d’un abonnement triphasé ou que vous souhaitez une recharge plus rapide (11 kW, 16 A par phase), le schéma évolue.

Si vous préparez le tableau avant la visite de l'électricien, ne vous arrêtez pas au calibre du disjoncteur. La section du câble, le différentiel, la séparation du circuit et la possibilité de délestage doivent rester cohérents avec la puissance choisie. Pour contrôler ces points, reprenez les exigences du tableau électrique pour une borne de recharge avant d'acheter les protections.

Pour 11 kW triphasé, le tableau doit recevoir un disjoncteur tétrapolaire (4 pôles) courbe D de 20 A et un interrupteur différentiel 30 mA type B. Le câble est un 5G2,5 mm² (trois phases, neutre, terre) jusqu’à 25 mètres, sinon 5G4 mm².

Pour 22 kW triphasé, la puissance monte à 32 A par phase. Le disjoncteur tétrapolaire passe à 40 A, le différentiel à 40 A type B, et le câble à 5G10 mm² jusqu’à 25 mètres. Ces sections ne sont pas anodines : tirer un câble de 10 mm² dans une gaine existante peut être très difficile, voire impossible si la gaine est déjà pleine ou trop étroite.

PuissanceDisjoncteurDifférentielCâble (≤ 25 m)
3,7 kW mono20 A courbe D30 mA type F3G2,5 mm²
7,4 kW mono32 A courbe D30 mA type F3G6 mm²
11 kW tri20 A tétra D30 mA type B5G2,5 mm²
22 kW tri40 A tétra D40 A type B5G10 mm²

La puissance réelle de recharge dépend aussi de l’abonnement souscrit. Un compteur 6 kVA ne permet pas de délivrer 7,4 kW sans faire sauter le disjoncteur général. Vérifiez que votre abonnement est au moins de 9 kVA pour une borne 7,4 kW, et de 12 kVA pour une borne 11 kW triphasé.

Les erreurs fréquentes sur le schéma électrique et comment les éviter

La première erreur est de raccorder la borne sur un circuit existant, par exemple une prise de courant de garage protégée par un disjoncteur 16 A. La borne déclenchera dès que la puissance dépasse 3,7 kW. Le circuit doit être dédié et protégé individuellement.

Deuxième erreur : utiliser un interrupteur différentiel de type A. Certains installateurs peu formés le font encore. Or, les bornes de recharge génèrent du courant continu de lissage qui peut aveugler un différentiel de type A, le rendant inopérant en cas de défaut. Le type F est le minimum, le type B est obligatoire en triphasé.

Schéma électrique pour borne de recharge : ce que doit prévoir votre tableau
Schéma électrique pour borne de recharge : ce que doit prévoir votre tableau

Troisième erreur : négliger la mise à la terre. La norme NF C 15-100 impose une résistance de terre inférieure à 100 ohms. Si la valeur est trop élevée, le différentiel ne se déclenchera pas assez vite en cas de défaut d’isolement. Faites mesurer la terre avant toute installation. Une prise de terre défaillante est un danger mortel.

Enfin, beaucoup de particuliers sous-estiment la longueur du câble. Un câble trop long avec une section insuffisante provoque une chute de tension : la borne chauffe, le temps de charge s’allonge et le disjoncteur peut déclencher. Utilisez le tableau ci-dessus pour choisir la section adaptée à la distance réelle entre le tableau et la borne.

Faut-il un tableau secondaire pour la borne de recharge ?

Quand le tableau principal est éloigné de l’emplacement de la borne (plus de 15 à 20 mètres), il est souvent plus simple et plus économique d’installer un tableau secondaire à proximité de la borne. Ce tableau secondaire reçoit une alimentation depuis le tableau principal, protégée par un disjoncteur de branchement adapté, puis distribue le circuit dédié à la borne.

Cette configuration évite de tirer un câble de forte section sur une longue distance, ce qui réduit le coût des câbles et la difficulté de passage en gaine. Elle facilite aussi la maintenance : en cas de problème, vous intervenez sur le tableau secondaire sans couper tout le logement.

Dans une copropriété, le tableau secondaire est presque systématique. Chaque place de parking reçoit une alimentation depuis un tableau collectif, avec un compteur individuel et un disjoncteur différentiel propre. Le schéma électrique doit alors prévoir un système de gestion de charge pour ne pas saturer la puissance souscrite de l’immeuble.

Qui peut réaliser le schéma et l’installation ?

La réglementation IRVE (Infrastructure de Recharge pour Véhicule Électrique) impose que l’installation soit réalisée par un électricien titulaire d’une formation IRVE. Cette certification atteste que le professionnel connaît les spécificités des circuits de recharge : choix du différentiel, section de câble, protection contre les surtensions et mise à la terre.

Un bricolage sans formation expose à deux risques : un défaut de conformité qui peut être refusé par l’assurance en cas d’incendie, et une inefficacité de la recharge (déclenchements intempestifs, temps de charge allongé). Même pour une prise renforcée de 3,7 kW, le recours à un professionnel certifié est fortement conseillé.

Si vous préparez le chantier vous-même (tirage de gaine, fixation du support mural), faites valider le schéma électrique par l’électricien avant de commander les câbles et protections. Un simple décalage de quelques mètres peut changer la section nécessaire.

Ce qu’il faut retenir avant de commander votre borne

Avant d’acheter une wallbox, vérifiez trois points sur votre tableau existant : la puissance de l’abonnement, la valeur de la prise de terre, et la place disponible pour ajouter un disjoncteur et un différentiel supplémentaires. Si le tableau est plein, un tableau secondaire est la solution la plus propre.

Le schéma électrique n’est pas un détail technique réservé aux électriciens. C’est la garantie que votre borne fonctionnera sans coupure, sans surchauffe et en toute sécurité pour les occupants du logement. Prenez le temps de le faire établir par un professionnel certifié IRVE, même si cela ajoute un coût au projet. Une installation mal conçue coûte plus cher à reprendre qu’à faire correctement du premier coup.