La loi d’orientation des mobilités (LOM) ne s’applique pas à toutes les entreprises de la même manière. Elle distingue les bâtiments neufs ou en rénovation lourde des bâtiments existants, et elle fixe des seuils précis. Depuis le 1er janvier 2025, les bâtiments non-résidentiels existants qui disposent de plus de 20 places de parking doivent installer des bornes de recharge, à condition que l’entreprise dépasse une certaine taille. En 2026, cette obligation reste en vigueur et les contrôles se renforcent, notamment sur les infrastructures ouvertes au public.
Concrètement, sont concernés : les sièges sociaux, les usines, les entrepôts, les bureaux, les commerces et les bâtiments mixtes (pour leur partie non-résidentielle). Les gestionnaires de parkings publics ou privés ouverts au public sont aussi dans le viseur. Si vous construisez un bâtiment neuf avec parking, le code de la construction impose un pré-équipement de 20 % des places, avec au moins une borne installée dès 10 places. Pour l’existant, le seuil est de 10 % des places pré-équipées, avec au moins une borne pour les parkings de plus de 20 places.

Que changent les échéances 2026 pour les flottes et la fiscalité ?
L’année 2026 apporte deux évolutions notables pour les entreprises qui gèrent une flotte de véhicules. La première concerne la taxe annuelle incitative sur les véhicules de société : l’objectif de verdissement de la flotte passe à 18 % de véhicules légers à faibles émissions. Cela signifie que si votre entreprise est assujettie à cette taxe, la part de véhicules électriques ou hybrides rechargeables dans vos achats doit augmenter. La deuxième évolution est fiscale : le seuil de la taxe au poids sur certains véhicules thermiques a été abaissé à 1,5 tonne depuis le 1er janvier 2026. Les modèles lourds et polluants coûtent donc plus cher à l’entreprise.
Ces deux mesures créent un effet de ciseau : d’un côté, on pousse à électrifier la flotte, de l’autre, on pénalise le thermique lourd. Pour les entreprises, cela rend l’installation de bornes de recharge sur site presque indispensable, ne serait-ce que pour recharger les véhicules de fonction à moindre coût par rapport aux bornes publiques.
La conformité LOM donne le seuil à respecter, mais elle ne dit pas combien prévoir dans le budget travaux. Le chiffrage dépend surtout du parking existant : distance au tableau, tranchées éventuelles, puissance disponible, supervision et nombre de places à équiper. Pour éviter une enveloppe sous-estimée, comparez ces postes avec le budget d'installation des bornes en entreprise.
Quels sont les trois cas d’usage à anticiper sur le parking ?
Une borne de recharge en entreprise ne sert pas à tout le monde de la même façon. Il faut distinguer trois usages, qui n’ont pas les mêmes exigences techniques ni les mêmes implications financières.
1. Recharge des véhicules de la flotte professionnelle
Les voitures de fonction ou de service ont besoin d’une recharge fiable et rapide pendant la journée de travail. La puissance recommandée se situe entre 7,4 et 22 kW en courant alternatif (AC), ce qui permet une charge complète en 4 à 8 heures. L’entreprise peut optimiser ses coûts en programmant la recharge pendant les heures creuses, et suivre la consommation par véhicule pour une éventuelle refacturation aux conducteurs.
2. Recharge des véhicules personnels des salariés
Mettre des bornes à disposition des collaborateurs pour leurs trajets domicile-travail est un avantage social apprécié. La puissance peut être plus modeste, de 3,7 à 7,4 kW, car la voiture reste stationnée plusieurs heures. Bonne nouvelle : l’URSSAF ne considère pas cette recharge sur le lieu de travail comme un avantage en nature imposable, à condition que la borne ne soit pas installée au domicile du salarié. L’accès par badge RFID permet de suivre les consommations individuelles et d’éviter les abus.
3. Recharge pour les visiteurs et les clients
Si votre parking est ouvert au public (centre commercial, hôtel, restaurant, parking payant), les visiteurs attendent une recharge plus rapide. Du 22 kW AC ou du 50 kW et plus en courant continu (DC) est alors pertinent, pour une charge en 1 à 3 heures. C’est un service à valeur ajoutée qui améliore l’image de l’établissement, mais les contraintes réglementaires sont plus lourdes (contrôles AFIR, information au consommateur, moyens de paiement).

Comment financer l’installation des bornes en 2026 ?
Le programme ADVENIR, géré par l’Avere-France, reste la principale aide financière pour les entreprises. Les montants varient selon le type d’installation :
| Type d’installation | Plafond de prime par borne (HT) | Conditions |
|---|---|---|
| Borne sur parking privé d’entreprise (non ouvert au public) | Jusqu’à 1 200 € | Réservée à la flotte ou aux salariés |
| Borne sur parking ouvert au public (moins de 50 kW) | Jusqu’à 2 700 € | Accès libre ou via badge, information au consommateur |
| Borne rapide ou sur voirie (50 kW et plus) | Jusqu’à 7 500 € | Station ouverte au public, conformité AFIR |
Ces primes sont cumulables avec d’autres dispositifs locaux (régions, métropoles) ou avec des offres d’opérateurs de mobilité électrique qui incluent parfois l’installation à coût réduit en échange d’un abonnement de gestion. Attention : les plafonds ADVENIR sont susceptibles d’évoluer en cours d’année, et le budget peut s’épuiser. Il est conseillé de déposer sa demande avant d’engager les travaux.
Quelles sont les étapes concrètes pour installer une borne ?
Se lancer sans préparation expose à des surcoûts ou à un matériel inadapté. Voici les quatre étapes à suivre, dans l’ordre.
- Réaliser un audit de vos besoins et de votre infrastructure électrique. Un professionnel évalue le nombre de véhicules concernés (flotte, salariés, visiteurs), la puissance disponible sur le site, et les éventuels renforcements nécessaires (compteur, tableau électrique). Cet audit évite de surdimensionner l’installation ou, à l’inverse, de la sous-dimensionner.
- Choisir le type de borne et la puissance. Pour une flotte, privilégiez du 7,4 à 22 kW AC. Pour les salariés, du 3,7 à 7,4 kW suffit. Pour les visiteurs, prévoyez au moins une borne rapide si le parking est ouvert au public. Les prises renforcées (3,7 à 7 kW) sont moins chères mais limitées en puissance et en compatibilité.
- Définir le mode de gestion et de facturation. Badge RFID, application mobile, supervision à distance : ces options permettent de suivre les consommations, de refacturer aux conducteurs et de respecter les obligations de reporting pour les flottes.
- Déposer une demande d’aide ADVENIR et lancer les travaux. L’installation doit être réalisée par un électricien qualifié IRVE (Infrastructure de Recharge pour Véhicules Électriques). Prévoyez un délai de 4 à 8 semaines entre la commande et la mise en service.
Les erreurs fréquentes à éviter avant 2027
La réglementation ne s’arrête pas en 2026. À horizon 2027, le cadre européen impose 1 point de recharge pour 10 places de parking pour certains bâtiments non-résidentiels. Beaucoup d’entreprises commettent l’erreur de ne pré-équiper que le minimum légal aujourd’hui, sans anticiper cette future contrainte. Résultat : dans un an ou deux, il faudra rouvrir le parking, tirer de nouveaux câbles et ajouter des bornes, ce qui coûte plus cher qu’une installation complète dès le départ.
Autre piège : négliger la puissance électrique disponible. Certains sites industriels ou tertiaires anciens ont un compteur sous-dimensionné. Si vous installez plusieurs bornes sans renforcer l’arrivée électrique, les disjoncteurs sauteront régulièrement. L’audit préalable est donc un investissement qui évite des frais de dépannage et des pertes de productivité.
Enfin, ne pas confondre pré-équipement et installation. Le pré-équipement (fourreaux, câbles, raccordement) ne dispense pas d’installer physiquement les bornes. La loi LOM impose les deux : un certain nombre de places doivent être pré-équipées, et au moins une borne doit être opérationnelle.
À partir de 2027, certains parkings non-résidentiels devront compter 1 point de recharge pour 10 places. Anticiper dès 2026 vous évitera des travaux coûteux dans l’urgence.
En 2026, le vrai risque n’est pas tant de se faire contrôler que de subir une mise en conformité tardive, plus chère et plus complexe. Si votre entreprise dépasse 20 places de parking, que vous ayez une flotte de 10 ou 100 véhicules, le moment est venu de passer de la réflexion à l’action : audit, demande ADVENIR, installation. Attendre 2027, c’est prendre le risque de payer plus pour un résultat moins bien intégré.